Les mots sont importants

Les mots sont importants. Et pas seulement pour les requêtes Google …

Les mots sont essentiels en politique parce qu’ils participent de la construction sociale de la réalité. C’est pour cela que j’ai récemment publié sur le Huffington Post une tribune intitulée : «  Pour enfin agir efficacement, dépassons l’expression erronée de ‘quartiers populaires’ ! »

Bien que ce texte n’ait pas directement de lien avec les sujets abordés sur mon blog, je souhaitais le partager. Pourquoi ? Parce que ce texte, citoyen, cherche modestement à contribuer à la réflexion collective sur la politique aujourd’hui. 

Le voici.

« La politique est une guerre de mots, placés à la croisée de luttes symboliques. Le choix de ces derniers est rarement fortuit. Au contraire, il participe de la construction sociale de la réalité. Partant de ce constat, certaines expressions nous paraissent à re-questionner. Dans le cadre des Etats généraux du Parti socialiste, auxquels ce texte contribue, il est pour nous impératif de déconstruire, de dépasser, pour enfin agir efficacement, une expression récurrente mais erronée : celle, prononcée par ceux qui n’y vivent pas, de « quartiers populaires » !

Par définition, « populaire » signifie à la fois ce qui est relatif au peuple et le représente majoritairement, ce qui en émane massivement et ce qui a la faveur du plus grand nombre. Or, l’expression « quartiers populaires » dans le débat public fait référence à des quartiers bien éloignés de ces définitions du mot « populaire ». Ainsi nommés et souvent montrés du doigt, ces quartiers à la marge des villes inspirent plutôt un sentiment de rejet et de déclassement, renvoyant à un imaginaire d’insécurité et de pauvreté. Ils sont plus souvent impopulaires que populaires : peu de monde souhaite volontairement s’y installer, et la grande majorité de leurs habitants ont conscience que pouvoir en sortir serait la marque d’une réussite sociale.

S’ils ne sont pas populaires, au sens de la sympathie collective, ils ne le sont pas non plus au sens où ils accueilleraient le peuple dans sa diversité équilibrée et son espérance d’ascension sociale et républicaine, en opposition aux quartiers bourgeois d’antan que plus grand monde n’ose d’ailleurs appeler ainsi. Ces quartiers abritent en réalité, plus que d’autres, des populations immigrées, des familles mono-parentales, des jeunes paupérisés, des retraités isolés… Leurs habitants ne sont quant à eux ni populaires, ni impopulaires, mais souvent travailleurs précaires ou sans emploi, en manque de repères, en difficulté d’intégration, parfois en proie à la radicalité religieuse, même si, dans ces quartiers comme ailleurs, de nombreuses initiatives de solidarité et d’animation sont portées par des habitants volontaires.

Le philosophe Alain disait « penser c’est dire non ». Pour nous, penser des solutions pour ces habitants, c’est d’abord dire non à ce concept fourre-tout politiquement correct, qui se veut gentiment sympathique. Les mots, loin de simplement décrire ou informer, agissent. N’ayons donc pas peur de le dire : ces quartiers dits « populaires » ne sont pas populaires ! Ils sont paupérisés, marginalisés, méprisés, en difficulté et doivent être prioritaires.

Les socialistes du 21ème siècle ont une responsabilité, un devoir de vérité. Nous avons depuis longtemps fait le choix de ne pas abandonner ces quartiers, considérant qu’ils doivent être parties prenantes autant que les autres de notre République. Aujourd’hui, afin d’œuvrer pour la réussite et l’égalité réelle, cessons d’abord d’appeler ces territoires « quartiers populaires ». Commençons par les mots. Et agissons pour qu’ils deviennent des endroits où il fait bon vivre. Bref, agissons pour qu’ils deviennent des endroits finalement populaires. »

Enfin, pour ceux que la lexicologie intéresse, j’ai réalisé une étude poussée du terme « populisme » dans le cadre de la campagne présidentielle de 2007. Vous pouvez la retrouver ici.

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